Dans le 3e arrondissement autour de la Part-Dieu comme ailleurs dans Lyon, on composte souvent à quelques rues de chez soi, sur un site partagé. En hiver, on observe presque toujours la même chose : le compost « bouge » moins. Ce n’est pas un échec ni un problème, c’est un rythme saisonnier car un composteur est un milieu vivant. Quand l’air se refroidit, quand la pluie s’installe, quand les apports arrivent plus humides, l’activité biologique ralentit.
Ce ralentissement peut inquiéter, surtout quand on voit des épluchures encore reconnaissables, une surface plus compacte, une humidité qui s’accumule et un volume dans le bac de dépôt qui diminue moins vite que les apports. Dans la majorité des cas, le site continue de fonctionner. On peut composter toute l’année, à condition d’adapter quelques gestes simples.
Dans cet article, on explique ce qui se passe réellement dans un composteur lyonnais en hiver, comment distinguer le normal de l’anormal, et quoi faire en cas de froid, de gel ou de forte pluie.
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Comprendre ce qui se passe dans un composteur quand il fait froid à Lyon
En hiver, le compost ralentit parce que les organismes qui transforment les déchets (bactéries, champignons, petites bêtes du sol) travaillent moins vite au froid. On peut se représenter ça comme une pâte à pain : quand la cuisine est fraîche, elle lève plus lentement. Le compost fait pareil. Il continue, mais il prend son temps.
À Lyon, on a souvent une alternance de pluies plus ou moins intenses, de brouillard, de nuits froides, parfois un gel bref, bien qu’aucun hiver ne ressemble tout à fait au précédent avec parfois de grands écarts de températures. Cette météo agit sur trois points : la température, l’humidité, et l’air dans le mélange. Quand l’un de ces points bascule, on change de rythme.

L’hiver met aussi en évidence les écarts de pratiques. Dans un compost partagé, chacun apporte des matières différentes, avec des quantités variables et d’ailleurs vous constaterez avec la pratique que vous ne jetez pas autant, ni tout à fait la même chose, en hiver ou en été. C’est normal, mais cela demande des repères communs.
On retient une idée simple : l’hiver n’arrête pas le compostage, il le rend plus sensible à l’excès d’eau et au manque d’air. On observe alors plus souvent des apports visibles, une décomposition en surface plus lente, et une texture moins « grumeleuse ». Tant que l’odeur reste correcte et que le bac ne se gorge pas d’eau, on est souvent dans un fonctionnement normal.
Température, humidité, oxygène, les trois leviers qui changent en hiver
La température est le premier frein. Quand le bac refroidit, les micro-organismes consomment moins. Le mélange chauffe aussi moins, car la « chaleur du compost » vient de cette activité. En hiver, on a donc un cercle logique : moins d’activité, moins de chaleur, et une transformation plus lente. Tout ce petit monde à l’intérieur des bacs vit à un rythme ralenti.
L’humidité est le second point sensible. Les apports de saison (agrumes, salades, fruits) contiennent beaucoup d’eau. La pluie ajoute une humidité extérieure, surtout si le couvercle est mal fermé ou si une protection a bougé. Trop d’eau remplit les petits espaces d’air. Le compost se tasse, il respire moins, et il peut sentir mauvais.
L’oxygène est le troisième levier. On n’a pas besoin de retourner un bac en permanence, mais on a besoin d’un mélange qui garde des vides. Les matières dites « brunes » (structurantes et sèches) jouent ce rôle : elles évitent le bloc compact, elles créent des passages d’air, elles absorbent une partie de l’humidité, et donc préviennent les problèmes liés aux odeurs. À Lyon, quand une semaine pluvieuse suit une période froide, on voit vite la différence entre un bac alimenté avec du sec et un bac nourri presque uniquement d’épluchures.

Ce qui est normal, et ce qui ne l’est pas (odeurs, moucherons, compost détrempé)
En hiver, certains signes sont fréquents et ne demandent pas d’action lourde : des morceaux visibles plus longtemps, une activité moins « chaude », des vers présents (c’est plutôt bon signe), et une surface qui semble stable. On peut aussi voir un peu de condensation sous le couvercle, surtout quand il fait humide.
D’autres signaux demandent un ajustement, parfois rapide. Pour clarifier, on peut se servir d’un repère simple « si… alors… » :
| Si on observe… | On l’interprète souvent comme… | On fait quoi, tout de suite ? |
|---|---|---|
| Odeur d’œuf, de soufre | Manque d’air, excès d’eau | On ajoute du sec, on évite de tasser, on recouvre correctement |
| Odeur d’ammoniaque (piquante) | Trop de matières très « vertes » d’un coup, mélange insuffisant | On équilibre avec du brun, on réduit les apports massifs, on brasse plus |
| Compost très détrempé, aspect « boue » | Eau de pluie, apports trop humides | On met plus de structurant sec, on vérifie couvercle et protection |
| Moucherons ponctuels | Apports exposés, recouvrement insuffisant | On enfouit ou on recouvre mieux avec plus de matière sèche, on ferme le couvercle |
| Matières qui restent visibles plusieurs semaines | Ralentissement saisonnier | On coupe plus petit, on ajoute du sec et… on patiente |
Si l’odeur forte persiste malgré deux ou trois dépôts bien recouverts, ou si le bac semble saturé d’eau, on passe à une gestion plus active, décrite plus bas, ou on alerte un référent du site.
Les bons réflexes au quotidien dans un compost partagé en période de froid
En période froide, les bons résultats viennent d’habitudes simples, répétées, et partagées. On vise un mélange équilibré, une fermeture correcte du bac, et un recouvrement systématique. Ces gestes paraissent modestes, mais en compostage collectif, ils font la différence, car ils évitent que la météo et les apports irréguliers ne prennent le dessus.
Le point le plus important reste l’équilibre entre matières « vertes » (humides, riches en eau) et matières « brunes » (sèches, structurantes). En hiver, les verts dominent souvent. On cuisine des soupes, on épluche plus, on apporte des fruits abîmés. Si on n’ajoute pas assez de brun, le compost se compacte. Et un compost compact, en hiver, s’oxyde mal.
On insiste aussi sur un détail concret : refermer le couvercle. Ce n’est pas un geste de politesse, c’est une mesure de fonctionnement. Le couvercle limite l’entrée d’eau, réduit les nuisibles, et stabilise l’humidité. Sur un site partagé, on ferme à chaque passage, même si on reste deux minutes.

Ce qu’on met, ce qu’on évite, et pourquoi ça compte encore plus en hiver
On peut continuer à apporter les matières habituelles, y compris en hiver, tant qu’on respecte les règles du site et qu’on équilibre avec du sec. Dans notre fonctionnement, on accepte les apports suivants, car ils se compostent bien et restent gérables en bac partagé :
- Acceptés : toutes les épluchures (y compris agrumes), marc de café et thé, boîte d’œufs déchirée, coquilles d’œufs bien écrasées, fruits et légumes trop abîmés, fleurs et feuillages.
- Refusés : restes de repas cuits, produits laitiers, coquillages (et, pour éviter les surprises, on laisse aussi les « couteaux et économes » à la maison).
![]() | Téléchargez le Petit Mémo du compostage collectif au format PDF, mis à disposition par la Métropole Grand Lyon. |
Ces refus ne sont pas symboliques. Les restes cuits et les produits laitiers augmentent le risque d’odeurs, attirent davantage les nuisibles, et peuvent déséquilibrer le bac, surtout quand le froid freine la dégradation. Les coquillages, eux, se dégradent très lentement, et ils n’apportent pas ce qu’on cherche dans un composteur de quartier.
Enfin, on garde un geste utile, même quand il fait froid : couper en petits morceaux. Un déchet plus petit offre plus de surface aux organismes. La transformation reste lente en hiver, mais elle repart plus facilement.
Le geste qui change tout : ajouter du “sec” à chaque dépôt
Le recouvrement avec une matière sèche n’est pas une option, c’est la règle qui stabilise le compost ,encore plus en hiver. Sur site, on utilise en général du broyat (petits copeaux disponibles dans notre bas de matière sèche, régulièrement alimenté par la Métropole) et, selon les consignes au cas par cas et leur disponibilité, des feuilles sèches ramassées à l’automne. Plus rarement, du carton brun non plastifié, déchiré en morceaux, peut aussi servir de structurant, mais nous préférons recycler les cartons dans les poubelles jaunes de tri sélectif.
On peut se donner une règle simple, facile à appliquer : une poignée de sec pour une poignée de frais (50/50 l’hiver selon l’humidité, contre 30/70 en temps normal). Si l’apport est très humide (agrumes, salade, fruits mous), on augmente un peu la part de sec. L’objectif n’est pas de « sécher » le bac, mais de garder des espaces d’air et d’éviter la couche humide continue qui fermente et cause les odeurs.
Ce geste agit sur trois points en même temps : il limite les odeurs, il protège contre les moucherons, et il rend le compost moins sensible aux épisodes pluvieux. Et, dans un compost partagé, il a un effet collectif : quand chacun recouvre, le bac reste stable, même si les apports varient.

Pluie forte, gel, et bacs trop humides, quoi faire sans tout compliquer
À Lyon, l’hiver combine souvent pluie et froid. On a alors des situations typiques : un bac qui se gorge d’eau, un couvercle mal repositionné après un passage, un broyat qui s’humidifie vite, ou un gel nocturne qui rend les matières plus rigides. Dans ces cas, on évite les gestes extrêmes. On ne vide pas un bac « pour voir ». On ne retourne pas tout sans cadre. On fait simple, ciblé, et on observe sur quelques dépôts.
Il y a aussi une règle de fonctionnement utile en compost partagé : quand un problème dépasse un geste individuel, on alerte un référent, ses coordonnées figurent sur la notice d’info au composteur, ou on prend contact avec l’association. Exemples : couvercle abimé, bac bloqué, forte présence d’eau, odeurs fortes persistantes, stock de matières sèches au plus bas. Un message rapide évite que la situation dure, et si on anticipe c’est encore mieux.
Après une grosse pluie : comment rattraper un compost détrempé
Après un épisode pluvieux, le compost peut devenir lourd, luisant, collant. Cela a peu de chances d’arriver avec le matériel mis à disposition par la Métropole en raison du couvercle qui protège les bacs d’apport, mais sait-on jamais. L’air circule moins, et l’odeur peut évoluer. Dans ce cas, on suit une marche à suivre courte, sans tout remuer :
- On vérifie le couvercle et la protection du bac (bonne fermeture, pas de jour, pas d’obstacle).
- On augmente la part de structurant sec à chaque dépôt, en visant un recouvrement net, visible. Le structurant va absorber l’excès d’humidité
- On mélange légèrement la couche du dessus, sur quelques centimètres, pour réintroduire de l’air, mais sans toutefois retourner l’ensemble afin de ne pas destabiliser l’équilibre bactérien et macrobiologique.
- On évite les gros apports d’un coup pendant quelques jours, on privilégie des dépôts plus petits ou au moins on étale bien ses apports en surface.
Les signes de retour à la normale sont simples : moins d’odeur, une texture qui redevient plus grumeleuse en surface, et des apports qui se mélangent mieux au sec. Si l’eau reste visible, ou si l’odeur s’installe malgré le sec, on alerte un référent, car une action collective peut être nécessaire (ajout important de structurant, vérification du site, adaptation des consignes).

En cas de gel : faut-il arrêter d’apporter, isoler, ou simplement patienter ?
En cas de gel, on n’a pas besoin d’arrêter automatiquement. On peut continuer à composter, avec des apports en petites quantités, et un recouvrement plus soigné. Le gel fige temporairement, puis la transformation reprend quand la température remonte. Dans le 3e arrondissement, ces épisodes sont souvent courts, même s’ils se répètent quelques fois en saison hivernale.
On suit une logique simple :
- On dépose une petite quantité de matières, idéalement coupées finement.
- On recouvre généreusement de sec, pour limiter l’humidité en surface et garder de l’air.
- On ne tasse pas. Tasser chasse l’air, et l’air est déjà plus rare en hiver.
- On ferme correctement, pour limiter l’entrée d’eau et les variations.
- On observe. Si le gel dure, on réduit les apports plutôt que de forcer.
On signale au référent si le couvercle est bloqué, si une pièce est cassée, ou si une odeur forte persiste après plusieurs dépôts recouverts. Dans un compost partagé, ces alertes servent surtout à maintenir un cadre commun et à éviter que le bac se dégrade sans suivi. Surtout que certaines opérations d’entretien peuvent prendre du temps en termes d’organisation avec les intervenants concernés.
Conclusion
En hiver à Lyon, le compost ralentit, c’est un fonctionnement attendu. On garde le cap avec trois repères : équilibre entre frais et sec, recouvrement systématique, couvercle fermé à chaque passage. En cas de forte pluie, on renforce le structurant et on limite les apports trop humides d’un coup. En cas de gel, on continue sans problème, et si possible en petites quantités, sans tasser, puis on laisse le temps faire son travail. Et on reste strict sur les apports refusés, car l’hiver amplifie vite les odeurs et les nuisibles.
Si vous habitez le 3e, secteur Part-Dieu, et que vous souhaitez participer à un compostage partagé, vous pouvez rejoindre la liste d’attente du composteur pour être orienté vers la solution la plus proche.


